Faire la peau by Louise Chennevière

You’ve probably noticed that recent literary seasons have revolved around the theme of family and the wounds it can inflict, a trend that exploded with Camille Kouchner’s La Familia Grande. The Goncourt 2026 shortlist is no exception. But Faire la peau (a French expression which roughly translates to “Out for blood”) by Louise Chennevière has a different flavor. The author takes on the mother -her own, and all the ideals we’ve been fed since childhood. She questions the oldest and most sacred bond in the world: the mother-daughter relationship.
“Who would have believed that it was self-defence if, right there in that cemetery on a beautiful winter day, I had pushed you away, if I had stood up to you, pressed my head against your forehead, and finally returned every blow you’d dealt me, right there, in front of everyone? No, no one would ever have believed that, a daughter having the right to protect herself from her mother. It’s something daughters don’t even think about, because they can’t, because they’ve never seen other daughters do it, because there’s no model for it, no narrative, and so, because they aren’t allowed to think what they think, aren’t allowed to want what they want, aren’t allowed to use violence, daughters destroy themselves inside rather than lay a hand on their mothers.”
It’s a risky move because, from Folcoche in Hervé Bazin’s Vipère au poing to the archetypal wicked stepmother, our perceptions are clouded by a distinct misogyny. There are “mama’s boys,” but then what about the girls? As for mothers, they fall into their own stereotypes. Their roles range from the attentive to the smothering, from the manipulative to the malicious, from the jealous to the protective, or, somewhat less commonly, the emotionally distant mother, devoid of maternal instinct. Yet behind the label of “mother,” we know these are women. Is the author’s mother a bad woman or a bad mother? Is it even possible to represent one without mentioning the other? This is the immense task undertaken by Louise Chennevière, who recounts moments of her relationship with her own mother.
Without seeking a verdict, the novel unfolds through fragments of memory, anger, and questions, and raises an issue that few dare to address: violence committed against women by women – and more specifically, against girls, that is, those placed under their protection. Faire la peau offers us a rare glimpse into this reality.
The book will strike a different chord in each reader, according to their own history. If your relationship with your parents is similar to the author’s, you may feel uniquely seen and understood. If, like me, you were lucky enough to hear, see, and feel your mother’s love from your earliest days, this book will likely make you want to call her on the phone. And reading Faire la peau will make you think twice before saying, “But she’s your mother, after all,” when a loved one brings up a maternal conflict.
“Why is it that the burden of this impossible task falls on them (women), while fathers can settle for something half-hearted, as if simply being a father, a father who hasn’t left, a father who hasn’t hit his children, were already a huge achievement, already enough. I would like mothers to be given the right to love less, to love like fathers do, and to disappear. (…) And daughters – daughters, at last – would have the right to refuse the terms of a blackmail that was imposed on them long before they were even born, in a time and amid circumstances over which they had no control, in the intricacies of a family history, and in the role they were expected to embody in turn, a role made up of resignation and helplessness, a role that forced them to remain forever the good little girl, the good little girl of a mother who had never loved them.” (pp. 99, 100, and 101)
Faire la peau explores women’s sense of self and community in a daring narrative, brimming with anger and a vulnerability that becomes a source of strength. It stands out in a fall season saturated with family stories, as it brings a different kind of connection to the table. The greatest tribute one can pay to who one is or what one loves is undoubtedly the ability to critique it. Here, it is women, family, and feminism that are put to the test, at a moment of crisis and tension for all of these and their intersection.
Faire la peau by Louise Chennevière, P.O.L, 2026.
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Vous l’avez sûrement remarqué : ces dernières rentrées littéraires se sont faites sous les auspices de la famille et des blessures qu’elle peut engendrer, et ce depuis La Familia Grande de Camille Kouchner. La sélection du Goncourt ne fait pas exception. Mais Faire la peau de Louise Chennevière a une saveur différente. L’autrice s’attaque à la mère, la sienne, et à toutes les représentations dont nous avons été biberonnés. Elle crève l’abcès du plus vieux et du plus sacré lien au monde : la relation mère-fille.
“Qui aurait pu entendre que cela aurait été de la légitime défense si je t’avais, là, dans ce cimetière par un beau jour d’hiver, repoussée physiquement, si je m’étais dressée contre toi, que j’avais collé ma tête contre ton front, si je t’avais rendu enfin tous les coups que tu m’avais donnés, là, devant tout le monde ? Non, nulle part, jamais on n’avait vu cela, une fille qui aurait le droit de se protéger de sa mère, c’est une chose à laquelle les filles ne pensent même pas, parce qu’elles ne peuvent pas, parce que jamais elles m’avaient vu d’autres filles le faire, parce que n’existe aucune image, aucun récit, alors, parce qu’elles n’ont pas le droit de penser ce qu’elles pensent, pas le droit de vouloir ce qu’elles veulent, ni d’user de violence, les filles se détruisent en dedans pour ne pas, toucher à leur mère.” (p. 226-227)
Le geste est risqué car de Folcoche à la marâtre nos imaginaires sont empoisonnés par une misogynie certaine. On a les fils à maman, mais les filles, alors ? Les mères, elles, ont leurs catégories. Elles doivent être tantôt l’attentive et l’étouffante, la manipulatrice et la mal intentionnée, la jalouse et protectrice, ou, plus rare, la lointaine, dépouillée d’instinct maternel. Pourtant derrière l’étiquette de « mère », nous savons qu’il y a des femmes. La mère d’autrice est-elle une mauvaise femme ou une mauvaise mère ? Est-il seulement possible d’incarner l’une sans faire de place à l’autre ? Telle est la tâche immense de Louise Chennevière, qui nous raconte des moments de ce lien à sa propre mère.
Sans chercher de verdict, le roman avance par fragments de mémoire, de colère et de questions, et soulève un point sur lequel peu osent s’arrêter. C’est la violence faite à des femmes par des femmes, et plus précisément à des filles, c’est-à-dire à celles qui sont placées sous leur protection. Faire la peau nous offre une rare fenêtre sur cette question.
Le livre fera écho différemment selon l’histoire de chacune et de chacun. Si votre relation avec vos parents ressemble à celle de l’autrice, vous vous sentirez peut-être vue et comprise comme jamais auparavant. Si, comme moi, vous avez eu la chance d’entendre, de voir et de sentir l’amour de votre mère dès les premiers babillements, vous aurez sûrement très envie de l’appeler. Et la lecture de Faire la peau vous fera réfléchir à deux fois avant de prononcer « Mais c’est ta mère quand même » lorsqu’un proche abordera le sujet.
“Pourquoi est-ce sur elles (les femmes) que pèse le poids de cet impossible tandis que les pères, les pères peuvent se contenter de demi-teintes, comme si être seulement un père, un père qui n’est pas parti, un père qui n’a pas cogné était déjà énorme, déjà assez. Je voudrais qu’on donne le droit aux mères d’aimer moins, d’aimer comme les pères et de disparaître. (…) Et les filles, les fille enfin auraient ce droit de refuser les termes d’un chantage qui leur a été imposé bien avant leur naissance même, dans un temps et des douleurs auxquels elles ne pouvaient rien, dans les méandres d’une histoire familiale et dans la construction d’un rôle qu’elles se devaient d’incarner à leur tour, un rôle qui était fait d’impuissance et de résignation, un rôle qui les contraignant à demeurer toujours la gentille petite fille, la gentille petite fille d’une mère qui ne les avait jamais aimées.” (p. 99, 100 et 101)
Faire la peau, c’est questionner le soi et le nous des femmes en un récit risqué, plein de colère et d’une vulnérabilité faite force. Il perce dans une rentrée pourtant saturée de récits de famille, puisque c’est un autre lien qu’il met sur la table. Le plus bel hommage que l’on puisse rendre à ce que l’on est ou à ce que l’on aime, c’est sans doute d’être en mesure de le critiquer. Ici, ce sont les femmes, la famille et le féminisme qui passent à la question, et jamais il n’a été aussi urgent de s’y confronter.
Faire la peau de Louise Chennevière, P.O.L, 2026.
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